Abiy Ahmed, le premier ministre éthiopien reçoit le prix nobel de la paix 2019

Pour la deuxième année consécutive le prix Nobel est décerné à un Afrcain.

Après Denis Mukwege, le prix Nobel de la paix a été décerné au Premier Ministre éthiopien Abiy Ahmed pour son rôle majeur dans la résolution conflit entre son pays et l’Erythrée.

Le 11 Octobre dernier, le comité norvégien a décidé de récompenser le Premier Ministre Ethiopien « pour ses efforts en faveur de la paix et de la coopération internationale, et en particulier son initiative décisive visant à résoudre le conflit frontalier avec l’Erythrée voisin. »

Source: Sciencesetavenir.fr

Depuis sa prise de fonction en Avril 2018, Abiy Ahmed n’eût de cesse de mener son pays vers la démocratie et de créer des ponts avec ses voisins et le reste du monde. Il veut démocratiser le pays, privatiser l’économie et s’appuyer sur la diaspora. Il a multiplié les gestes d’ouverture en faisant libérer des prisonniers politiques, a permis le retour de nombreux opposants en exil, a débloqué internet, a mis fin à l’Etat d’urgence, a obtenu du Parlement la levée des groupes d’opposition et s’est engagé à faciliter les IDE (investissements directs étrangers) dans les secteurs clés de l’économie.

Brillant tacticien, il dissimule ses intentions jusqu’au dernier moment. C’était notamment le cas pour la Réconciliation avec l’Érythrée. Après des semaines de négociations ce n’est que le matin du 8 Juillet 2018 que ses compatriotes ont découverts qu’un accord de paix avait été signé en direct de la télévision où le premier Ministre descendait du tarmac de l’aéroport d’Asmara pour donner l’accolade au président Issayas Afeworki.

Après l’Érythrée, il entreprend aussi de faire la paix avec les indépendantistes somalis: «La stabilité de l’Ethiopie ne peut plus être militaire». Il a déjà échappé à plusieurs tentatives d’assassinat  dont deux majeures fomentées par les anciennes élites tigréennes selon lui. La première à la grenade en juin 2018 lors d’un de ses discours en plein Addis-Abeba. Puis une autre en Octobre de la même année. Un groupe de soldats avait fait irruption dans ses bureaux afin de faire échouer les réformes. C’est seul qui les a retournés en faisant des pompes avec eux. «  Je leur ai montré que j’étais moi-même un soldat ! Je leur ai dit que si les choses tournaient mal je pourrais tuer cinq ou six d’entre eux avant qu’ils ne m’abattent ! »

Source:BBC

Prédestiné à diriger… ?

En amharique, Abiy est le diminutif de Abiyot et abiyot signifie « révolution » ! Et c’est justement ce qu’il est en train de faire ! Tout petit déjà sa mère lui répétait qu’un jour il serait le roi d’Ethiopie ! 

Source: lalibreville.com

Abiy Ahmed voit le jour en 1976 dans la région d’Agaro en pays Omoro. Fils d’un commerçant musulman et d’une mère chrétienne, il est le dernier d’une fratrie de six. Son background lui permet d’appréhender au mieux la mixité culturelle de son pays.  Il apprend le coran mais comme souvent en Ethiopie sa famille est ouverte aux autres religions. Résultat il se convertit par la suite au protestantisme. Ce mélange culturel forge sa conviction qu’il a maintes fois réaffirmé depuis son accession au pouvoir « L’Ethiopie se doit de demeurer unie et indivisible ».

De militaire à acteur de la paix

« J’y étais lorsque nous avons levé le drapeau et j’ai pleuré ! Nous avons enterré beaucoup de nos amis. J’ai payé le prix ! »

A 15 ans, il s’engage militairement aux cotés de Meles Zenawi, un révolutionnaire à la tête de l’Organisation démocratique des peuples Oromos (ODPO). Il s’engage ensuite avec les casques bleus éthiopiens et se retrouve donc au Rwanda après le génocide des Tutsis pour prendre le relais des français de l’opération Turquoise. Alors âgé de 19 ans il comprend les ravages de la haine communautaires.

De retour en Ethiopie il est envoyé sur le front contre l’ Érythrée en 1998 et participe à la bataille de Badme. Bataille jugée absurde pour beaucoup car malgré la dimension symbolique accordée par la deux pays à cette zone, ce village n’avait aucune valeur stratégique et a fait couler beaucoup de sang. Il a déclaré devant le parlement éthiopien pour justifier sa main tendue à l’Érythrée et son traité de paix « J’y étais lorsque nous avons levé le drapeau et j’ai pleuré ! Nous avons enterré beaucoup de nos amis. J’ai payé le prix ! »

Abiy Ahmed renonce à l’armée et à son grade de lieutenant-colonel pour se lancer en politique. En 2010, alors agé de 34 ans il est élu député sous le parti avec lequel il a fait ses débuts (l’ODPO) et s’implique dans la résolution de conflit religieux (entre musulman et chrétiens) dans sa région natale.

Son accession au pouvoir

Le pays Oromo s’enflamme de nouveau contre les dirigeants. Il estime que ses terres sont exploitées par le pouvoir en place et ses partenaires étrangers et sa jeunesse déplore une marginalisation car aucun fils de l’Omoro n’a jamais dirigé le pays. L’OPDO décide alors de nommer deux jeunes : Lemma Megersa a la direction de la province et Abiy Ahmed devient son vice-président. Les deux font le choix judicieux de surfer sur la vague de  contestation plutôt que de la combattre. Résultat, en février 2018, après la démission inattendue du Premier Ministre Hailemariam Desalegn, le tandem se retrouve en position de force. Lemma Megersa n’étant pas membre du parlement, il ne peut pas prétendre à cette fonction et c’est tout logiquement qu’Abiy Ahmed devient premier ministre.

Abiy Ahmed, un exemple pour la jeunesse

Brillant, dynamique, jeune et engagé, Abiy Ahmed  est un fervent défenseur du vivre ensemble et de la paix ! Il a su dompter la vague de mécontentement qui a accompagnant son accession au pouvoir ! Il s’attèle à panser les blessures de son pays et sa popularité est en flèche ! Son discours sur l’unité nationale lui confère une large reconnaissance dans la communauté amhara. Ses origines et son parcours lui valent une immense popularité dans son pays, notamment auprès de la jeunesse qui admire l’homme de 43 ans. Il prône les valeurs de la démocratie et promet qu’il ne demeurera pas à la primature éternellement ! Il a assuré que les élections prévues en 2020 seraient libres et démocratiques et c’est dans cette optique qu’il a nommé l’opposante Birtukan Mideksa à la tête de la commission électorale. Comme elle, de nombreux opposants sont d’ailleurs revenus d’exil ces derniers mois ! 

Il a déclaré au Financial Times qu’il avait déjà fait beaucoup de grandes choses comparés à d’autres dirigeants mais qu’il n’avait pas encore accompli 1% de son rêve. Pour preuve, il est le premier sur le continent à avoir constitué un gouvernement strictement paritaire et a également aidé plusieurs femmes à accéder à des postes clés ! Beaucoup d’entre elles sont les premières de l’histoire du pays à occuper ces fonctions.

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