Ces présidents africains qui quittent volontairement le pouvoir

Alassane Ouattara a annoncé le 05 Mars 2020 qu’il ne se représentait aux élections d’Octobre de la même année.

Même s’il n’a fait que respecter les textes prévus par la constitution qui limitent à deux (02) le nombre de mandats présidentiels, force est de saluer son geste. Depuis les indépendances, les coups d’Etat militaires, les fraudes électorales et les présidents refusant de quitter le pouvoir ont été associés au paysage politique africain. Aujourd’hui nous allons mettre en lumière ces hommes et ces femmes dont on ne parle pas souvent et qui pourtant sont garants d’une transition pacifique et démocratique. Voici la liste des chefs d’Etats qui ont volontairement quitté le pouvoir et refusé de se représenter.

Ellen Sirleaf, Libéria (2006 à 2018)

Ellen Johnson Sirleaf est la première femme élue au suffrage universel à la tête d’un pays africain. Elle a marqué l’histoire de son pays mais également du continent par son leadership et la qualité de sa gouvernance.

Malgré un bilan mitigé sur les plans économique et social, elle a su maintenir la paix dans un pays dévasté par de nombreuses années de guerres civiles et de corruption et assurer la première transition politique de son pays depuis 1944.

Elle a remporté le prix Indira Gandhi de la paix en 2007, le prix Nobel de la paix en 2011 pour sa lutte non violente pour la sécurité et les droits des femmes et a été lauréate 2017 du prix Ibrahim pour sa « gouvernance exceptionnelle ».

En Novembre 2017, elle ne se représente pas aux élections et entend mener une retraite paisible.

Cette économiste est aussi auteur de nombreux livres et a récemment publié une tribune encourageant les dirigeants africains à laisser la main aux nouvelles générations.

Joseph Kabila, RDC (2001 à 2018)

Josep Kabila succède à son père après son assassinat en 2001. Il a déclaré vouloir se reposer dans sa ferme de Kingakati dans la périphérie de Kinshasa mais laisse planer le doute sur un potentiel retour de sa part en 2023. Lors d’interviews accordées aux agences Assiocated Press (AP) et Reuters il a répondu à la question d’un potentiel retour de sa part.

source:mosaiqueguinee.com

Je ne vais rien exclure dans la vie! Tant que vous êtes en vie et que vous avez des idées aussi fortes que la vôtre, une vision, vous ne devriez rien exclure.

Joseph Kabila

Léopold Sédar-Senghor, Sénégal (1960 à 1980)

Il naît à Joal au Sénégal en 1906 et décède à Verson en France en 2001. Poète, écrivain et homme d’Etat français (il fut ministre en France avant l’indépendance de son pays) puis premier président du Sénégal. Senghor fut également le premier chef d’état africain à quitter lui-même le pouvoir.

Il a beau être l’auteur du Lion Rouge (hymne du Sénégal), pour beaucoup il est le symbole du néocolonialisme et de la France-Afrique. Tout d’abord pour son rôle dans le paysage politique français (ministre puis premier africain à siéger à l’Académie française), puis pour ses choix géopolitiques et diplomatiques. En effet, il vote à l’ONU pour valider le coup d’Etat de Joseph Kasavubu contre Patrice Lumumba et il s’oppose au projet de référendum d’autodétermination en Algérie.

Il démissionne avant le terme de son mandat en cours en décembre 80 et comme prévu par la constitution, c’est son premier Ministre Abdou Diouf qui le remplace.

Olusegun Obasanjo, Nigéria(1976-1979 et 1999-2007)

Olusen Obasanjo est un militaire qui a dirigé le pays à deux reprises. Comme prévu dans la constitution nigériane qui cumule à deux le nombre de mandats présidentiels, Obasanjo ne se représente par en 2007 et son dauphin Umaru Yar’Adua lui succède malgré une élection contestée.

Après la présidence il se lance dans les affaires avec sa ferme de poulet « Obasanjo Farms » avant de se lancer à l’internationale. Depuis 2008, il est membre l’Africa Progress Panel, une fondation basée à Genève et à l’époque présidée par Kofi Annan. En Novembre de la même année, il affirme son statut de médiateur et est nommé comme envoyé spécial de l’ONU chargé de la crise congolais. En 2017, ce sera cette fois en Côte d’Ivoire entre Ouattara et Guillaume Soro.

Source: getawaytimesonline.com

Pédro Pires, Cap-Vert (2001 à 2011)

Pédro Pires est un vétéran de la lutte contre la colonisation portugaise en Guinée-Bissau et au Cap-Vert. Leader du Parti Africain pour l’Indépendance du Cap-Vert (PAICV), il est d’abord premier Ministre de son pays de 1975 à 1991 avant d’être élu en 2001.

En 2006, il est réélu pour son deuxième et dernier mandat et remporte les élections avec 50,98% des voix face à Carlos Veiga, son ancien premier Ministre.

En 2011, Il reçoit le prix Ibrahim pour l’excellence de son leadership en Afrique et son engagement en faveur de la démocratie. Le prix venait féliciter le fait qu’il ne se représente pas et n’essaie pas de changer la constitution pour briguer un autre mandat.

Il passe sa retraite dans la capitale du pays, Praia et anime régulièrement des conférence à travers le continent. Il mènent également des missions d’observations électorales et participe à des colloques.

Nelson Mandela, Afrique du Sud (1994 à 1999)

Non-Violence, La Paix, Transformation, Leadership

On ne le présente plus. C’est l’un des dirigeants historique de la lutte contre l’apartheid qui était un système politique institutionnel de ségrégation raciale.

Après 27 ans en prison, il est libéré le 11 Février 1990 et reçoit trois ans plus tard le prix Nobel de la paix pour avoir participer à mettre fin pacifiquement au régime de l’apartheid et avoir posé les bases de la démocratie.

Un an plus tard, il devient le premier président noir d’Afrique du Sud en 1994. Sa priorité est de réconcilier les Noirs et les Blancs.

Après un mandat, il se retire de la vie politique mais continue de soutenir l’ANC (son parti politique) qu’il n’hésite pas à condamner lorsqu’il le faut. Il a consacré le reste de sa vie aux associations pour la lutte contre la pauvreté, le SIDA et le panafricanisme.

Alpha Oumar Konaré, Mali (1992 à 2002)

Source: maliactu.net

Comme convenu dans la Constitution, Alpha Oumar Konaré ne s’est pas représenter au terme de son deuxième mandat. Amadou Toumani Touré le remplace en 2002 et un an plus tard il est élu président de l’Union Africaine lors du sommet de Maputo.

Depuis sa retraite en 2008, il passe une retraite tranquille au Mali, a publié de nombreux livre et demeure un observateur de la politique de son pays.

Ahmadou Ahidjo, Cameroun (1960 à 1982)

Ahidjo est le deuxième président africain à quitter volontairement le pouvoir.

A la surprise générale, Ahmadou Ahidjo annonce sa démission pour des raisons de santé le 04 Novembre 1982. Alors âgé de 58 ans, c’est son premier Ministre de l’époque qui lui succède ( Paul Biya).

Source: cameroun-info.net

Après une tentative de coup d’Etat ratée mais sanglante de la part de ses partisans, il est condamné à mort par contumace et il s’exile en au Sénégal où il décède quelques années plus tard d’une crise cardiaque en 1989.

Ely Ould Mohamed Vall, Mauritanie (2005 à 2007)

En 2005, aidé de son cousin le général Mohamed Ould Abdel, il renverse le régime. D’abord critiqué et condamné par l’Union Africain, l’ONU et de nombreux pays, ils se ravisent rapidement lorsqu’ils réalisent qu’il a pris le pouvoir pour poser les bases de la démocraties et voient le soutien de la population. Il crée le Conseil Militaire pour la Justice Démocratique (CMJD). Il assure donc la transition démocratique pendant deux ans et organise un référendum pour réviser la constitution ainsi que des élections auxquelles il ne se présente pas. En 2007, il est donc remplacé par Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Source: lereporter.ma

De nombreux autres présidents ont eux aussi volontairement quitter le pouvoir. Par exemple Julius Nyerer (Tanzanie) en 1985, Amadou Toumani Touré (Mali) en 1992, Liamine Zéroual (Algérie) et Hassan Gouled Aptidon (Djibouti) en 1999 ou encore France-Albert René (Seychelles), en 2004, Joachim Chissano (Mozambique), en 2005 et Mwai Kibaki (Kenya) en 2013.

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